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Rassemblement contre l'extrême-droite devant l'hôtel de ville de Lyon en 2024
Rassemblement contre l'extrême-droite devant l'hôtel de ville de Lyon en 2024
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Action Justice Climat Lyon

À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’Assemblée nationale vient d’observer une minute de silence pour Quentin Deranque, un militant d’extrême droite tué tragiquement au terme d’une rixe à Lyon. Nous nous devons d’interroger ce qui est en train de se passer : que révèle cette séquence politique et médiatique ? Que dit-elle de la hiérarchisation des vies, des indignations et de la violence politique ?

Par cette tribune, Action Justice Climat réaffirme son positionnement antifasciste et antiraciste. Les amalgames délibérément relayés ces derniers jours ne relèvent pas de la confusion, mais d’une stratégie politique dangereuse qui criminalise les luttes, légitime les violences d’extrême droite et prépare leur impunité.

Une indignation à géométrie variable

Un jeune homme de 23 ans est mort et cela est, bien évidemment, une tragédie. Nous le disons sans ambiguïté : nous ne cautionnerons jamais l’utilisation d’une telle violence, quelle que soit l’identité politique de la personne concernée. Toujours plus fermement, nous combattrons les origines de cette violence et le contexte dans lequel elle s’inscrit : un climat marqué depuis des années par la violence structurelle, idéologique et physique de l’extrême droite organisée. Selon le recensement de Rue89 Lyon, 102 attaques, agressions et actes haineux ont été perpétrés par l’extrême droite radicale à Lyon entre 2010 et 2025.

Cette violence n’est ni accidentelle, ni marginale : elle est stratégique, assumée, et constitue un mode d’action politique.

« Où étaient les minutes de silence pour s’indigner des meurtres racistes ? »

Où étaient les minutes de silence et les responsables politiques pour s’indigner des meurtres racistes d’Ismaël Aali, de Federico Martín Aramburú, de Mahamadou Cissé, de Djamel Bendjaballah, de l’assassinat des militant·es kurdes Fidan Doğan, Sakine Cansız et Leyla Söylemez… et de tant d’autres ?

Une nouvelle fois, une conférence de soutien au peuple palestinien a été la cible d’attaques initiées par des groupuscules d’extrême droite. Des individus armés de barres de fer, cagoulés, organisés, sont venus chercher l’affrontement. Ce schéma est connu. Il s’est déjà produit à Lyon. Nous n’oublions pas l’attaque, le 11 novembre 2023, d’une conférence sur la Palestine par des militants d’extrême droite aux cris de « nous ne voulons pas d’Arabes ici », faisant sept blessé·es, dont trois hospitalisé·es.

Ces violences répétées posent aussi la question du laisser-faire institutionnel et de l’inaction des autorités face à des réseaux d’extrême droite pourtant identifiés — ce jeudi 12 février servant d’exemple probant. Nous nous interrogeons sur l’absence de dispositif policier suffisant pour garantir la sécurité de la conférence et du public face à ces attaques de l’extrême droite.

Une escalade de la violence assumée par l’extrême droite

Depuis ce drame, les groupuscules d’extrême droite, légitimés par une large frange de la classe politique, s’engouffrent dans une violence décomplexée et non condamnée. Durant le dernier weekend, la mosquée Koba, le local du syndicat Solidaires Rhône, la librairie la Plume noire ont été attaquées et des tags appelant à la vengeance accompagnés de croix celtiques sont visibles sur de nombreux murs de la ville de Lyon. Dans le sud de la France un militant de gauche a été tabassé, des noms et adresses d’activistes circulent dans les boucles de messagerie d’extrême droite avec des appels explicites à la brutalité.

Ces faits ne sont pas des dérapages : ils sont le produit logique d’une idéologie qui légitime la violence contre ses opposant·es.

À Lyon et ailleurs, ces violences sont devenues régulières. Elles visent des locaux associatifs, des lieux culturels, des syndicats, des militant·es. Elles sont menées par des groupuscules d’extrême droite violents dont la stratégie politique repose exclusivement sur l’intimidation, la peur et la brutalité. Le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, l’antiféminisme, la xénophobie et le nationalisme autoritaire forment un socle idéologique qui rend la violence non seulement possible, mais légitime à leurs yeux.

L’antifascisme, une nécessité démocratique

Face à cela, une opération de retournement sémantique est à l’œuvre : faire passer l’antifascisme pour le nouveau fascisme. Cette stratégie médiatique et politique vise à criminaliser celles et ceux qui résistent, pendant que le fascisme réel est normalisé, blanchi, banalisé, jusqu’à être publiquement honoré par les institutions. Or, il serait légitime de questionner l’absence de sanction, notamment de dissolution, de collectifs d’extrême droite à l’origine des violences politiques actuelles. Cette inversion des responsabilités est dangereuse.

Action Justice Climat revendique un engagement radical et non-violent dans ses luttes politiques. Radical parce qu’il remet en cause les systèmes d’oppression patriarcale, coloniale, capitaliste et productiviste. Non-violent en tant que stratégie politique visant une transformation profonde, durable et inclusive de notre société. Et non-violent en tant que valeur essentielle dans une démarche constante de réflexion et d’amélioration.

Nous le re-soutenons : la violence est un pilier du fascisme, la non-violence est un pilier de la société pour laquelle nous luttons. Mais refuser la violence ne signifie pas refuser le conflit. Refuser la violence ne signifie pas renoncer à la radicalité.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous affirmons que l’antifascisme est une nécessité démocratique.

Nous apportons notre soutien aux personnes, militant·es et organisations directement menacé·es par l’extrême droite et appelons à continuer la lutte contre elle sous toutes ses formes : idéologiques, culturelles, médiatiques, institutionnelles et politiques.

Notre boussole est, et restera, l’antifascisme.

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Tribune initialement publiée par le média Reporterre.

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